First man

Par deux fois déjà Damien Chazelle a marqué les esprits au cinéma. La première fois avec Whiplash outsider surprise reparti avec trois Oscars en 2015, et une seconde fois l'an dernier, avec La La Land qui est reparti avec plus que trois Oscars de la cérémonie. Les deux films sont par ailleurs des succès critiques et publiques et aussi des excellents films. Bref, à seulement 33 ans Damien Chazelle est déjà un réalisateur remarqué et talentueux. Qu'en est-il donc de First Man, son dernier film ?

First Man raconte l'histoire de Neil Armstrong, le premier type a avoir posé un pied sur ce bon vieux satellite qu'est la lune. Bref tout le monde connaît son histoire non ?

- Bah ouais c'est le premier mec à avoir été sur la lune non ?

- Oui et comment il en est arrivé là ?

- Bah en fusée ?

- Bravo Jean-Michel, tu as le droit a un bon point pour cette blague.

 

Bref, First Man ne se concentre pas sur la mission Apollo mais vraiment sur la vie d'Armstrong, sa carrière, sa famille et les choix qui l'ont amené à aller sur la lune. « Ouais mais c'est nul comme film, on sait déjà qu'il va y marcher sur la lune à la fin ! » Eh bien non, ce qui est intéressant ce n'est pas la fin de l'histoire, mais la manière dont on va raconter cette histoire et amener cette fin. Si, ne serait-ce qu'un seul moment du film, tu as peur pour Neil Armstrong juste avant de penser, « ah oui, il a pas encore marché sur la lune c'est bon », c'est que le film à réussi à bien raconter son histoire.

La petite mèche qui dépasse du bonnet de bain

Si on ne sait pas que le film est réalisé par Damien Chazelle on ne peut pas le deviner en le voyant, ça change tellement de ses deux précédents film que c'est fort surprenant (même si parfois certains plan peuvent rappeler que c'est lui qui tient la caméra, comme la petite scène de danse entre Armstrong et sa femme). La réalisation est au top, on est toujours très proche des personnages, on ne s'éloigne jamais vraiment de Neil Armstrong. C'est lui le centre du film et non pas la mission Apollo. C'est-à-dire qu'on s'intéresse surtout à ses motivations, ce qui l'a mené à aller sur la lune et aussi et surtout ce que ça impliquait à l'époque de se rendre sur la lune, pour lui et pour sa famille. Car souvent quand on parle de Neil Armstrong on se dit que ouais, c'est le premier type à avoir marché sur la lune, mais on ne pense jamais vraiment à tout ce qu'il y a eu derrière, les dangers que ça impliquait et les sacrifices qui ont du être fait pour atteindre cet objectif. Parce que, croyez moi ou non, ce n'est pas comme se rendre au supermarché acheter un paquet de papier toilette et une plaquette de chocolat.

Armstrong est montré comme séparé du reste de son monde, il se met à l'écart et à du mal à communiquer (comme dans la scène où il doit annoncer à ses enfants son départ sur la lune), et ça Ryan Gosling réussit à le jouer parfaitement. Le film en fait juste un petit peu trop sur le fait que la mort de sa fille affecte beaucoup Armstrong. On le comprends aisément et le film revient peu être un peu trop souvent sur ce point.

La caméra est mobile, quasiment tout le temps à l'épaule pour mieux ressentir les sensations d'un décollage par exemple. On à l'impression d'être dans la capsule avec les astronautes, on voit les détails, chaque boulon, chaque plaque, chaque cadran. C'est une véritable expérience sensorielle que nous propose le film en nous plaçant, nous spectateurs, littéralement au plus près de l'action.

"Attends, cette pièce là, elle va dans quel sens ?"

La photographie (par Linus Sandgreen, qui opérait déjà sur La La Land) est très réussie, elle est subtile, mais la gestion de la lumière sublime chaque plan quel qu'il soit. De plus, le fait que le film soit tourné sur pellicule apporte un petit grain éminemment sympathique et qui fait bien plaisir visuellement. Et la musique de Justin Hurwitz (qui avait déjà composé la musique pour les précédents films de Chazelle) est une franche réussite et apporte un vrai plus aux moments intimiste ainsi qu'aux moments plus épiques.

Les acteurs sont convaincants, le film à le mérite de ne pas être un Ryan Gosling movie, au service de son acteur. Jamais Gosling n'aura paru plus vieux, plus fatigué, plus lunaire (oui, c'est un jeu de mot). Ici c'est vraiment le personnage qui en mis avant et son jeu intériorisé sert le récit. Claire Foy trouve également le bon ton pour faire sa femme et n'est pas en reste. Jason Clarke, quant à lui, jouant Ed White montre qu'il peut être fort juste dans son jeu lorsqu'il n'essaie pas d'être charismatique. Tout les acteurs sont plutôt bons en fait, mais le film se focalise plus sur Ryan Gosling et Claire Foy ce qui fait que les personnages secondaires ne sont jamais vraiment mis en avant non plus. C'est un choix de sobriété qui fonctionne vraiment bien pour le coup et qui permet au spectateur de porter toute son attention sur le couple Armstrong.

Sur bien des points ce film m'a fait penser à L'Étoffe des Héros (1983) de Philip Kaufman. J'avais parfois même l'impression, en regardant First Man, de voir L'Étoffe des Héros 2 tant par la forme (la manière de filmer, de montrer son personnage) que par le fond (les deux se passent à la NASA durant les années 60), (L'Étoffe des Héros 2 n'existe pas pour de vrai hein). Il faut savoir que le film de Philip Kaufman fait partie de mes films favoris de tout les temps, c'est une fresque épique historique de plus de trois heures passionnante et superbement faite. First Man ne cache pas l'héritage de L'Étoffe des héros, lui rendant même plusieurs fois hommage au cours du film. La première séquence par exemple qui fait grandement penser à celle du film de 1983 où Chuck Yeager passe le mur du son. Où même si l'on regarde ces deux images : la ressemblance n'est, à mon humble avis, pas anodine !

Ça c'est dans First ManL'étoffe des héros

Étant donné que L'Étoffe des Héros se passe de 1947 à 1963 et First Man de 1961 à 1969, les deux en grande partie à la NASA, on y retrouve des personnages (réels) en commun. Et ça ajoute à cette idée de suite. Quand on entend les noms de Gus Grissom ou de Deke Slayton on ne peut s'empêcher de sourire et d'attendre pour découvrir la suite de leur histoire.

Pour l'anecdote il y a eu une polémique autour de First Man, une polémique stupide certes, mais qui montre bien la mentalité de certains américains. Après sa projection dans quelques festivals, comme celui de Venise par exemple, le film eu un plutôt bon retour critique. Jusqu’à ce qu'une personne fasse remarquer que le film ne montre pas la séquence où le drapeau américain est planté sur la lune. Et en a jugé que le film était donc anti-patriotique. S’ensuivit alors un vrai débat sur l'internet mondial, beaucoup d'américains, sans avoir vu le film puisqu'il n'était pas encore sorti, ont décidé que c'était inacceptable étant donné que marcher sur la lune est une réussite nationale et que du coup ils boycotteront ce film de merde qui ne montre même pas un moment clé de l'histoire américaine. Les enfants de Neil Armstrong (décédé il y quelques années) ont tentés de calmer le jeu, Buzz Aldrin (encore vivant pour le coup) à lui publié une photo sur les réseaux sociaux le montrant en train de planter ce fameux drapeau. Et Damien Chazelle à du intervenir expliquant qu'il avait choisi de montrer d'autres scènes que celles-ci, que le film était avant tout sur Neil Armstrong et qu'il y avait déjà bien assez de drapeaux américain dans le film. Bref toute une histoire pour pas grand chose finalement, si ce n'est montrer à nouveau la stupidité de certains.

Pour conclure, First Man est un excellent film, Chazelle réussit encore une fois, et là où on l'attendait pas : un biopic historique intimiste. Tout est de qualité dans ce film qui nous fait revivre une moment clé de l'histoire de l'Homme mais avant tout de l'histoire d'un homme. Donc regardez First Man, si vous pouvez voir L'Étoffe des Héros avant faite-le, et puis pour compléter finissez par Apollo 13 de Ron Howard pour une bonne trilogie de la conquête spatiale.

 

First Man de Damien Chazelle

Avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke, Corey Stoll, Pablo Schreiber, Kyle Chandler, etc...