les films de l'été 2018

Après deux mois d'absence voici, rien que pour vous, sympathiques lecteurs de Contrechamp(s), onze petites critiques de films que j'ai vu cet été ! Bonne lecture !

 

 

Dogman de Matteo Garrone :

Marcello est un toiletteur pour chien dans un quartier pauvre. Apprécié par les autres commerçants, il va pourtant se laisser entraîner par Simoncino ( son « ami », violent, consommateur de cocaïne et pas très sympa) dans une spirale criminelle. Librement inspiré d'un fait divers s'étant déroulé dans les années 80 en Italie, le film emmène le spectateur dans une atmosphère sombre, glauque et fort peu joyeuse où il verra le sincère Marcello perdre son innocence face au monde brutal qui l'entoure. C'est quasiment hypnotisés que l'on suit Marcello dans cette descente aux enfers subliment mise en scène. Il faut aussi souligné la qualité de jeu de Marcello Fonte, récompensé pour sa prestation du prix d'interprétation masculine à Cannes. On ressort épuisé de ce film ! Pour tout vous dire j'avais prévu d'enchaîner au cinéma avec Paranoïa, mais après avoir vu Dogman, j'ai préféré remettre ma séance à plus tard !

 

 

Sicario : la guerre des cartels de Stefano Sollima :

Le premier Sicario, réalisé en 2015 par Denis Villeneuve, était un excellent film qui n'avait pas besoin d'une suite. Curieux, j'ai tout de même été voir ce que la suite en question pouvait donner et j'ai été agréablement surpris ! Certes, le film n'atteint pas la qualité du premier, il n'a pas sa mise en scène au cordeau ou son efficacité hors paire, pourtant, il réussit à être pertinent en tant que suite, à développer de manière intéressante les personnages de Josh Brolin et de Benicio del Toro (après ça reste Taylor Sheridan au scénario). Bref, une suite loin d'être indispensable mais qui reste de très bonne facture et est soutenue par la performance sans faute de Benicio del Toro.

 

 

Ant-man et la guêpe de Peyton Reed :

Après un premier opus qui faisait office de sympathique film familial, Ant-man revient dans un film fort moyen. En effet, même si Paul Rudd et Michael Peña font sourire de par leur bonhommie et leurs bouilles sympathiques, même si Evangeline Lilly est plutôt chouette en Guêpe et même si Walton Goggins à le plus beau front du monde, on ne peut s'empêcher de remarquer que Michelle Pfeiffer, Michael Douglas et Laurence Fishburne ont l'air de vraiment s'emmerder. En même temps comment leur en vouloir au vu du scénario qui ne propose pas de vrai méchant et qui fait preuve de fainéantise à répéter deux fois la même structure ! (si si je vous assure, regardez bien). Je me doute que ce n'est pas forcément facile d'être le film qui passe juste après Avengers : Infinity war, mais bon, il y avait sûrement moyen de faire mieux.

 

 

The Guilty de Gustav Möller :

Un défi original que celui-ci : tenir en haleine les spectateurs pendant plus d'une heure vingt en ne voyant qu'un personnage répondre au téléphone dans un central d'appel de la police danoise. Un huis-clos comme on en voit rarement (déjà que l'on ne voit pas souvent des huis-clos) et qui prend le spectateur aux tripes ! On est forcé de se concentrer sur le son, sur les détails que l'on peut entendre a travers le combiné pour entendre quelque chose qui fera avancer l'enquête. On se retrouve exactement dans la même position que Asger Holm, le policier que l'on suit durant le film, avec ni moins, ni plus d'informations. Défi réussi !

 

 

Paranoïa de Steven Soderbergh :

Steven Soderbergh est un réalisateur qui aime les nouvelles expériences, il aime tenter, essayer des nouvelles choses au cinéma. Pour Paranoïa il a décidé de filmer le film entièrement avec un Iphone. Mais ce qui est vraiment chouette c'est que cette économie de moyen de prise de vue se retrouve également dans la réalisation, la mise en scène et le montage. Il n'y a pas de mouvements grandiloquents de caméra ni d'effets stylisés de montage. Et il n'y a qu'un seul décor principal. Et ça rend vraiment bien, tout en montrant, qu'avec une bonne histoire, tout le monde peut faire un film de bonne qualité, le tout avec un minimum de matos. Le film raconte l'histoire d'une jeune femme, qui pense être poursuivie par un harceleur et qui est placée, contre son gré, dans un institut psychiatrique. Et même si c'est loin d'être le meilleur film de Soderbergh on ne pourra qu'apprécier son efficacité et la simplicité de sa mise en scène. Claire Foy joue très bien et Joshua Leonard est vraiment flippant en harceleur barbu à lunette ! On appréciera également un sympathique caméo d'un des acteurs fétiche du réalisateur.

 

 

Mission Impossible : Fallout de Christopher McQuarrie :

C'est la première fois qu'un réalisateur réalise deux épisodes de la franchise Mission Impossible et Christopher McQuarrie relève le défi avec succès ! En effet, ce sixième épisode est directement dans la continuité du cinquième (que je vous conseille d'ailleurs de revoir avant d'aller voir Fallout, histoire de bien suivre). Un bon film d'action, comme on en voit trop peu et avec des cascades vraiment impressionnantes qui vont toujours plus loin. On notera quelques longueurs vers la fin et des petites incohérences de scénarios mais le film est bien mis en scène et McQuarrie explore intelligemment des pistes inattendues dans un Mission Impossible, comme la relation entre Ethan Hunt et sa femme. Bref, voir Tom Cruise faire des cabrioles est toujours plaisant et voir la moustache d'Henry Cavill en face l'est aussi (moustache destructrice de Justice League rappelons-le). Et pour la petite anecdote, cette moustache a été inspiré à Cavill par Elias Orr, un méchant de Superman qu'il a découvert en lisant les comics pour son rôle chez DC. Il a proposé la moustache au réalisateur qui a accepté. Et on connaît la suite... cette moustache a eu raison de Superman.

 

 

Une pluie sans fin de Dong Yue :

L'action se passe en Chine, en 1997, alors que la police piétine sur une étrange série de meurtres de jeunes femmes, Yu Guowei, chef de la sécurité d'une vieille usine, décide de s'y intéresser. Cela va rapidement l'obséder. Si les premières minutes sont intéressantes, les deux heures qui suivent paraissent vraiment longues. Rien n'avance avant les vingt dernières minutes. On se sent suspendu dans une atmosphère étrange. Yu Guowei est suivi de trop loin pour qu'on le comprenne et le supporte mais de trop près pour qu'on puisse s'intéresser à autre chose. C'est dommage le film n'est qu'une ambiance de pluie sans rien en dessous. Dans le même esprit mais en beaucoup plus réussi je vous conseil le thriller coréen Memories of murder de Bong Joon-ho.

 

 

Détective Dee : La légende des rois célestes de Tsui Hark :

Je n'avais pas vu les deux opus précédents de cette saga fantastique chinoise mais ce n'est pas bien grave. Si vous aimez le grand n'importe quoi, les effets spéciaux too much et les galipettes de cascadeurs dans les airs, ce film est fait pour vous. L'empereur Gaozong, très content des services de Détective Dee, lui offre l'épée Dragon Docile. Mais un groupe de magiciens engagés par la femme même de l'empereur va tenter de lui voler. Le film est une explosion visuelle qui va toujours plus loin dans la démesure et dans l'abolition des lois de la gravité et c'est vraiment chouette a voir au cinéma !

 

 

Under the silver lake de David Robert Mitchell :

Lorsque sa voisine (dont il était tombé sous le charme) disparaît sans laisser de traces, Sam décide de se lancer a sa recherche, plongeant dans les étranges mystères et profondeurs de Los Angeles ! Le film à un rythme changeant, beaucoup (beaucoup) de références à Hitchcock et peut aussi faire penser parfois à Mulholland Drive de David Lynch (en beaucoup moins Lynchien évidemment), il y a aussi beaucoup de références à la pop-culture. Under the silver lake fait appel à toute une série de sous-intrigues mystérieuses qui ne seront jamais résolues ce qui peut paraître perturbant et dérangeant lorsqu'on aime que tout soit bien clair et carré dans un film. L'impression qui s'impose est que le réalisateur a eu plein d'idées et à voulu en mettre le maximum, même si on peut se demander ce que certaines viennent faire là. Bref, le film est une petite curiosité intéressante dans son ensemble. (La scène du compositeur est vraiment folle et vaut le coup d’œil !)

 

 

Mary Shelley de Haifaa al-Mansour :

Le film revient sur l'histoire de Mary Shelley, qui a écrit le roman Frankenstein. Ça va être court : Elle Fanning fait le job sans faire d'éclats, le film est ni spécialement bon ou mauvais. On a juste l'impression de voir un téléfilm (avec un peu plus de budget) sur grand écran. Bon ça a au moins le mérite d'être intéressant quand on ne connaît pas l'histoire de Mary Shelley.

 

 

Blackkklansman : j'ai infiltré le Ku Klux Klan de Spike Lee :

Inspiré de la vie de Ron Stallworth, Blackkklansman raconte la folle histoire d'un flic noir qui a infiltré le Ku Klux Klan à Colorado Springs en 1978. Le film, qui à reçu le Grand Prix au festival de Cannes est vraiment chouette, il reste léger dans l'ensemble grâce a la fougue et à l'humour de son personnage principal (joué par John David Washington, le fils de Denzel !) mais sait faire comprendre les enjeux de la chose et ne pas chercher à tout tourner en dérision, notamment lorsque il met en lien son histoire avec les événements contemporain de Charlottesville et la politique de Trump. La mise en scène est de qualité, les acteurs sont très sympas et le tout est souligné par la très bonne musique de ce bon vieux Terrence Blanchard, dont on peut même entendre le thème de Inside man (du même Spike Lee). Un film intelligent, intéressant et qui se permet d'être drôle, et ça c'est cool !