Ça fait aujourd'hui exactement 10 ans, 1 mois et 4 jours que Les Promesses de l'ombre de David Cronenberg est sorti dans les salles obscures en France. Ce qui en fait une excellent date pour vous en proposer ma critique !

Les_Promesses_de_l_ombre

David Cronenberg est un sacré réalisateur, un peu a part de tout, il est dur de le ranger dans une catégorie si ce n'est la sienne. Principalement connu pour ses films fantastiques, souvent à la limite de l'horrifique avec en tête le génial La mouche, il n'hésite pas a essayer d'autres genres où les histoires sont ancrés dans un monde plus réel. Après une première collaboration avec Viggo Mortensen en 2005 avec l'excellent A History of Violence, ils se retrouvent en 2007 pour Les promesses de l'ombre, qui bien qu'ayant une forme plus classique que le précédent reste fort empreint de la patte si spécifique du réalisateur canadien.

Londres, une adolescente décède en accouchant. Anna, la sage femme qui s'en occupait décide de retrouver la famille du nouveau-né en s'aidant d'un journal intime trouvé sur la jeune fille. Journal écrit en russe. Cela va l'amener à rencontrer Semyon, propriétaire du restaurant Trans-Siberian qui se trouve être également un chef de la mafia russe locale, et le journal ne le laisse pas indifférent, bien qu'il affirme le contraire. Quel sont ses véritables intérêts ? Et quels sont ceux de son fils Kirill et de son mystérieux chauffeur Nikolaï ? Entre trahisons, meurtres et histoires de famill, Anna va devoir déceler la vérité !

"Hey Viggo, je fais une soirée raclette chez moi, tu veux venir ?"

La réalisation est très stable, très directe. Cronenberg va à l'essentiel, il sait ce qu'il veut et il sait ce qu'il doit montrer au spectateur. Le tout souligné par une mise en scène et une photographie froide, parfois faussement chaude comme lors de la scène avec le buffet et le repas de famille dans le restaurant.

Lors de la très grande majorité des dialogues, des discussions entre plusieurs personnages, il n'y a pas de champ / contrechamp classique, derrière l'épaule de chaque individu afin de les avoir tout les temps tout les deux dans le cadre, même en partie. Ni de plan d'ensemble où les deux se parleraient ( il y en a quelques uns mais vraiment très peu). La plupart de ces plans sont des plans frontaux. Le visage est au milieu de l'écran et il parle. Cela appuie notre ressenti pour les personnages, on peut voir les plus minuscules expressions, détailler ses traits. Cela renforce sans aucun doute la puissance des personnages du film de Cronenberg et leur implication dans le film. Le spectateur voit tout les personnages en face à face avant de les juger. Cette vision du visage appuie également le penchant de Cronenberg pour la chair, la peau. Il montre les choses. Ce qui permet de rapprocher un tant soi peu Les promesses de l'ombre, avec d'autres films de Cronenberg tels que Videodrome, La mouche ou n'importe quel autre film un peu plus fantastique qui traite plus directement la question de la chair, du corps et de la carnation.

On voit aussi qu'il est quand même toujours attiré par le corps et la chair de manière plus directe avec la scène des bains par exemple. D'une incroyable bestialité, le corps nu de Mortensen se tord dans tout les sens et montre à l'écran une fascination pour le corps formé ou informe. Les tatouages aussi, symboles du passé gravés sur la peau à tout jamais. Ici un rituel obligatoire pour ces hommes de la mafia russe. L'histoire est gravé sur chacun d'entre ces personnages, que ce soit par leur traits ou par l'encre des tatouages. Chacun a une histoire, chacun est une histoire "you don't have tattoos, you don't exist" .

À mon avis ça ne siginifie pas quelque chose d'hyper sympathique

Viggo Mortensen est le chauffeur. Avec son long manteau, ses lunettes noires vissées sur le nez et la clope au bec. Il se tient droit comme un piquet, toujours stoïque. Les bras et les mains immobiles. « Ce n'est pas un chauffeur, c'est un putain de croque mort ». Il est excellent, son jeu est précis et bigrement efficace. C'est très bon aussi du côté de Vincent Cassel, fils gâté du chef de la mafia qui rêve de se faire une place plus importante dans le milieu. Il prouve a nouveau son statut d'acteur international loin d'être limité dans sa palette de jeu. Mais c'est quand il s'énerve qu'il est le meilleur. Une véritable alchimie se crée entre son personnage et celui de Mortensen. Noami Watts est elle aussi très bonne dans son rôle de sage femme ballottée par les événements mais qui tient tête et cherche la vérité avant tout. Armin Mueller-Stahl qui incarne Seymon est tout bonnement effrayant dans sa fausse bonhomie qu'il présente comme un masque pour cacher ses activités pas très légales.

Le film a 10 ans, c'est fou de se dire ça car il n'a pas vieilli d'un poil. Il reste un excellent thriller, maîtrisé de bout en bout que ce soit par la mise en scène, la réalisation, le scénario, la photographie ou encore le jeu des acteurs. On ne peut pas lui reprocher grand chose. En bref si vous ne l'avez pas vu regardez-le et si vous l'avez déjà vu revoyez-le, c'est le genre de film dont la maîtrise n'épate pas qu'une fois et la scène des bains est l'une des meilleures de la carrière de Cronenberg !

 

 

Les Promesses de l'ombre de David Cronenberg - 2007

Avec Naomi Watts, Viggo Mortensen, Vincent Cassel, Armin Mueller-Stahl, etc...