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1982, l'auteur Philip K. Dick vient juste de mourir lorsque sort au cinéma l'adaptation de son roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? Il s'agit de la première adaptation d'un écrit de K. Dick au cinéma, la première d'une longue série. Blade Runner est réalisé par un certain Ridley Scott, qui a part quelques courts métrages et épisodes de séries, n'a réalisé à l'époque que deux films : Les Duellistes et Alien – Le huitième passager. Pourtant, malgré l'énorme succès d'Alien trois ans auparavant, Blade Runner est loin d'être un grand succès à sa sortie, il est d'ailleurs même loin d'être un succès tout court. Boudé par les critiques et le public, le film ne rembourse même pas son budget de 28 millions de dollars avec l'exploitation sur le sol américain (même si il est plutôt apprécié et bien accueilli en Europe). Mais malgré tout, grâce à la sortie en vidéo et a la version Director's cut (et plus tard la Final cut) il va acquérir un statut de film culte et devenir un pilier du film de science fiction, tout en lançant le genre du Cyberpunk au cinéma. Un paquet de films réalisés depuis doivent un peu a Blade Runner, d'une manière ou d'une autre : Ghost in the Shell, RoboCop, Total Recall, Dark City, Minority Report, Matrix ou même l'excellente série Battlestar Galactica ! Le projet d'en faire une suite, bien qu'ayant un potentiel indéniable, était forcément casse-gueule. Comment prolonger ce chef-d’œuvre ? comment faire un film qui ne soit pas dans l'ombre de son prédécesseur ? Comment faire une bonne suite ?

Tout d'abord, confier les rênes à Denis Villeneuve est un bon début. Le réalisateur canadien n'ayant aucun mauvais film sur son CV. Il n'a d'ailleurs pas non plus de films moyens ou juste « bons ». Il n'a que des très bons voir excellents films : Incendies, Enemy, Prisoners, Sicario et Premier Contact (même si je n'ai pas encore vu Incendies, je pense pouvoir affirmer que le film est très bon sans trop me tromper). Le bonhomme se pose quand même à un sacré niveau et ça aurait été dommage pour tout le monde qu'il se foire sur Blade Runner 2049.

Mais il n'y pas que Villeneuve, Ridley Scott, réalisateur du film original, reste producteur de 2049. Et même si le mec à réalisé plusieurs claques du septième art (non, je ne parle pas de Gladiator), ses films les plus récents sont loin d'être excellents. Il faut espérer qu'il ne voudra pas trop imposer sa patte a Blade Runner 2049 et brider ainsi ce que peut faire Villeneuve.

Eh bien mesdames et messieurs, trêve de digressions, cette critique s'appelle Blade Runner 2049, donc parlons de Blade Runner 2049.

C'est réussi. Et pas qu'un peu. Blade Runner 2049 est une suite intelligente qui évite tout les pièges faciles dans lesquelles une suite peut tomber. Elle évite aussi les facilités et innove même, étends l'univers, considérablement et efficacement. (Et Ridley Scott a laissé le champ libre à Villeneuve pour notre plus grand plaisir sauf si c'est lui qui à dégagé Jóhann Jóhannsson de la B.O. Pour laisser la place à Zimmer et Cie, car ça c'est pas cool).

Le film suit K un Blade Runner ( un Blade Runner est un agent employé par la police pour tuer les replicants renégats, ont dit alors qu'ils sont « retirés ») qui lors d'une enquête va être amené à retrouver l'ancien Blade Runner et (accessoirement héros du premier film), Rick Deckard. Paf, j'en dis pas plus sur l'histoire. Ah si, pour ceux qui n'ont pas vu le premier film, un réplicant est un androïde crée par les humains pour servir les humains. Ils en existe différentes versions plus ou moins évoluées.

City of stars, are you shining just for me....

Le film n'essaie pas de rivaliser avec Blade Runner. Il tente autre chose, une autre vision du futur 30 ans après son prédécesseur. Un futur moins sombre (littéralement je veux dire, il y a des scènes où l'on voit la lumière du jour contrairement au premier) où la technologie a continué d'évoluer. A part quelques références visuelles au film original (rien qui ne dessert l'histoire), il n'est jamais dans le fan-service gratuit comme peuvent l'être certaines suites de franchises cultes aujourd'hui. Et ça c'est cool. Comme dans le film de 1982, la réflexion sur l'humain est très présente. Qu'est ce qui nous rend humain ? Si le réplicant cherche l'émancipation de son statut de serviteur cela ne montre t-il pas qu'il a conscience de ce qui est fondamentalement bien ou mal et qu'il est donc possible qu'il fasse ses propres choix ? Bref, beaucoup de questions peuvent être posées !

Blade Runner 2049 continue à jouer avec la question qui subsistait à la fin du premier film sans jamais y répondre : Rick Deckard est-il un réplicant ? Quelques répliques à ce propos peuvent être a double sens, comme quand Luv parle de Deckard en lui disant qu'elle le croyait « retired ».Le mot anglais signifiant retiré (comme peuvent l'être les réplicants abattus par des Blade Runners) mais peut aussi vouloir dire « retraité ». Le doute subsiste toujours ! (Je ne sais pas si cette nuance est gardé dans la VF par contre).

C'est un film lent et précis qui retient l'attention du spectateur par son intrigue et son ambiance. Il absorbe le spectateur dans son sillage, dans son univers, à tel point que lorsque le générique de fin commence on se dit qu'on aurait pu rester là encore 1h et que ça aurait été aussi bien. Alors que le film fait quand même 2h43 ! Mais l'univers est tellement bien travaillé que ça ne poserait aucun problème.

Dire que le film est beau serait un euphémisme. Il est magnifique. Les plans sont travaillés au millimètre près et sublimés par la superbe photo du chef opérateur vétéran, Roger Deakins (connu notamment pour ses nombreuses collaborations avec les frères Coen). Il semble sculpter la lumière a sa guise, et le rendu est plus qu’impressionnant. Chaque décor accueille la lumière d'une manière différente et c'est visuellement bluffant ! Entre les scènes avec les reflets de l'eau sur les murs chez Wallace ou celle dans la salle de spectacle avec les spots et les hologrammes, ou encore celles dans le désert toutes sont géniales. Après douze nominations, donnez un Oscar à ce type !

"Vous avez le best-of d'Alain Souchon ?"

Je pense qu'il a vite été compris qu'il serait très difficile de faire un méchant à la hauteur de Roy Batty, le méchant du film de 1982, incarné avec charisme par l'excellent Rutger Hauer. Les scénaristes ont bien saisis qu'il fallait essayer de faire autre chose. De ne pas refaire le même genre d'antagoniste. Ceux qui peuvent endosser le « titre » de méchant dans cette suite sont Nyander Wallace le personnage de Jared Leto, qui est a la tête d'une entreprise voulant créer de plus en plus de réplicants, et ce par tout les moyens possibles. Et Luv, la réplicant incarné par Sylvia Hoeks, au service de Wallace. Wallace n'apparaît que très peu dans le film mais c'est le cerveau derrière les opérations et Luv est une méchante chargée de faire les besognes plutôt physiques, mais son personnage n'est pas dénué d'intérêt psychologique.

Rick Deckard est bien présent. Je veux dire par là que Harrison Ford n'est pas là que pour cachetonner et faire plaisir aux fans du film original. Il est là pour redevenir Deckard dès qu'il apparaît à l'écran, pour jouer un vrai personnage dans un film, et non pas pour faire Harrison Ford devant la caméra et ça ça fait plaisir à voir.

Par contre, la musique de Hans Zimmer et Benjamin Wallfish ne frôle jamais les hauteurs que la B.O. de Vangelis dépassait de très loin. Enfin, c'est plutôt une ambiance sonore qu'une musique, avec beaucoup de sons dissonants. Elle ne dépareille pas avec l'ambiance du film lui ajoutant un côté désagréable qui peut correspondre à l'univers et à ce que les personnages peuvent ressentir. Mais ce n'est pas du tout le genre de B.O. qui est sympa à écouter pour le plaisir. Et sachant qu'à la base c'était Jóhann Jóhannsson qui était censé la composer c'est vraiment dommage.

Sans aucun doute un des meilleurs film de 2017. Blade Runner 2049 est une vraie pépite de Science-Fiction servie par des acteurs excellents et une mise en scène au cordeau. Avec 185 millions de dollars de budget, c'est un anti-blockbuster, avec une intrigue intelligente, des scènes parfois très violentes et un propos profond. Il impose son propre rythme et ne cherche jamais à faire des consensus pour plaire au plus grand nombre. Si ça peut inspirer les grands studios à faire plus de films dans ce genre ça serait génial, mais vu son démarrage plutôt bas sur le sol américain, rien n'est moins sûr...

 

 

Attention, les propos ci-dessous peuvent dévoiler des détails de l'intrigue de Blade Runner 2049, voir même ce qu'il s'y passe à la toute toute fin. Et vous ne voulez pas savoir la toute toute fin du film avant de l'avoir vu non ?

 

 

Vous êtes vraiment sûr ? Si vous avez vu le film pas de soucis, mais dans le cas contraire... Enfin bon, c'est vous qui voyez !

 

 

Certains disent que la révolution dont les réplicants parlent est inutile car elle n'est pas développée dans le film. C'est stupide, les personnages peuvent tout de même avoir un vécu, une histoire. L'univers de Blade Runner n'est pas seulement ce qui est montré a l'écran. La révolution n'est pas l'histoire que l'on suit dans 2049, libre a vous de vous l'imaginer. La révolution future permet de justifier l'envoie de K pour tuer Deckard, afin qu'aucune information ne fuite et de continuer à la préparer en secret. Ce n'est tout simplement pas l'histoire que l'on suit dans Blade Runner 2049, mais ça ne l'empêche pas d'être présente et évoquée. C'est comme le Blackout. Il est évoqué plusieurs fois mais jamais montré (oh bah zut alors, ils auraient pu mettre un flashback explicatif). Un film comme Blade Runner 2049 ne peut se contenter uniquement de son histoire, il doit bâtir tout un monde autour, qui fasse suffisamment crédible pour que le spectateur puisse y entrer, mais aussi suffisamment original pour ne pas répéter ce qui a déjà été fait. Sans ça, il n'y aurait qu'une trame principal et le film serait creux et sonnerait faux. On peut également prendre l'exemple de Wallace, qui sait se qu'il devient à la fin ? Vous auriez préféré une fin où l'on voit, après que Deckard retrouve sa fille, un plan qui montre la chute ou le suicide de Wallace ? Et aussi une scène qui montre que K est en fait en parfaite santé après un rapide passage à l'hôpital et joue au baseball avec Deckard en se faisant un barbecue dans le jardin ?

Super temps pour un barbecue !

Qui dit lumière dit évidemment ombre. Mais dans Blade Runner 2049 ça va au delà de la simple ombre puisque le film est rempli de scènes où on ne distingue que les silhouettes des personnages. La silhouette est quelque chose de très graphique, et bien utilisé au cinéma elle peut donner des plans superbes (coucou Les aventuriers de l'arche perdue). Ici elle donne lieu à des plans splendides mais ce n'est pas que ça, la silhouette sert la thématique du film : Qu'est ce qui différencie les humains des réplicants ? On ne sait pas vraiment, Luv, la réplicant est froide et dur tout comme l'est le lieutenant Joshi qui, elle, est humaine (enfin sûrement). K, réplicant semble lui sombrer dans les affres de la question morale de son travail, il a donc une conscience. Les humains et les réplicants ne sont pas si différents. Une silhouette c'est désigner quelqu'un, le définir seulement par ses contours, par ce qu'il est a l'extérieur. Et d'un point de vue externe, la silhouette rends les humains quasiment identiques, faisant fi de ce qu'ils sont à l'intérieur. Et celui dont on voit le plus souvent la silhouette n'est autre que K interprété par Ryan Gosling, personnage qui s'en prend plein la gueule du début à la fin, qui bien qu'animé par une volonté de découvrir la vérité, échoue souvent. Même lorsqu'il réussit à retrouver Rick Deckard, il est suivi par Luv et les soldats de Wallace, ce qui amène à l'enlèvement du personnage d'Harrison Ford. Il attire l'attention de Nyander Wallace et de Freysa (la leader de l'armée des réplicants), mais dans les deux cas c'est pour être utilisé. La seule personne qui le voit vraiment est Joi, qui n'est qu'un programme fait pour lui plaire et qui se révèle être tout sauf unique à la fin. Pendant une bonne partie du film il est poussé en avant croyant qu'il est le fils caché de Deckard et Rachel, le premier enfant de réplicant. Quand il apprend qu'il n'en est rien, on a ce plan de sa silhouette de profil où il baisse la tête. Il redevient creux, vide de sens. Il n'a plus de but. Il n'est qu'un réplicant parmi tant d'autres, sans passé et probablement sans avenir. Mais à la fin il prend l'initiative d'amener Deckard à sa fille tout en le faisant passer pour mort, ce bon vieux K aura au moins prit une bonne initiative avant de mourir. Meurt-il d'ailleurs ?

 

 

Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve

Avec Ryan Gosling, Harrison Ford, Jared Leto, Ana de Armas, Robin Wright, Sylvia Hoeks, Dave Bautista, etc...