Get Out

Chris, un jeune homme noir, est en couple depuis plusieurs mois avec Rose Armitage. Celle-ci décide donc de le présenter à ses parents. Chose que Chris appréhende quelque peu, elle ne les a pas prévenu de sa couleur de peau et a peur qu'ils soient racistes. Que nenni, selon les dires de Rose, ses parents sont très loin d'êtres racistes, la preuve, son père aurait même voté pour Obama une troisième fois, c'est pour dire. Oh ben s'il vote Obama.... Sauf qu'une fois arrivé dans la très grande bâtisse familiale, certaines choses vont apparaître plutôt inquiétantes. Et puis quand, lors de la visite de la maison, on te dit que la cave a été condamnée et que les voisins les plus proches se trouvent à des kilomètres, forcément on se doute qu'il va y avoir quelque chose de louche.

Ce film à petit budget produit par Blumhouse (le studio qui a permis a M. Night Shyamalan de se refaire la main avec notamment The Visit et récemment Split) est le premier film du réalisateur Jordan Peele qui s'est fait connaître avec la série humoristique Key and Peele (assez peu connue en France mais qui connaît un réel succès aux États-Unis). Il a fait un énorme carton outre Atlantique, aussi bien public que critique, j'étais donc assez curieux de voir Get Out.

J'ai été un peu déçu par ce film dont tout le monde parlait. Si on ne peut pas reprocher l'originalité du fond pour soutenir un message social et politique, la forme, quant à elle, ne renouvelle à aucun moment le genre. Le film aurait pu aller bien plus loin s'il ne reposait pas sur des codes classiques du film d'horreur (et un peu trop simples à utiliser aujourd'hui). Principalement avec quelques jump-scare qui provoquent des sursauts faciles. Mais surtout au niveau de la musique, qui nous annonce le danger à trois kilomètres. Et ça c'est dommage, car, bien que la musique au cinéma ait toujours été un moyen d'orienter le spectateur vers la compréhension d'une scène ou d'une séquence ainsi que l'état d'esprit dans laquelle il doit l'aborder, les films d'horreur ont toujours énormément utilisés ce procédé musical pour annoncer un danger ou que quelque chose cloche. Ce qui ne fonctionne pas toujours. Pousser le spectateur à ressentir quelque chose de manière répétée avec la musique ou le son, c'est ne pas avoir confiance en la capacité de son film à faire ressentir par l'image. Et attention, je suis un fervent admirateur de la musique de film en général et je sais à quel point elle est nécessaire dans la qualité d'un film. Tout comme je sais reconnaître un travail sonore bien fait et apprécier son impact sur un film. Mais les films d'horreur doivent faire peur, et pour cela ils cherchent à surprendre le spectateur. Mais surprendre par une musique angoissante et/ou des personnages faisant les gros yeux qui apparaissent en même temps que des violons désaccordés grincent, c'est totalement surfait. Et si cela fait sursauter, cela ne fait pas forcément peur. Je suis convaincu qu'une bonne « peur » doit s'installer sur la durée, et Get Out y était presque, vraiment. Il n'avait pas du tout besoin de ces éléments pour inquiéter et angoisser. L'angoisse et la surprise que certains passages sont supposés amener, sont désamorcés par ces signaux sonores et musicaux.

La conjonctivite ça pique un peu les yeux

De plus, lors du visionnage du film, on devine assez rapidement une clé de résolution de l'intrigue, par la suite le film la confirme plusieurs fois. Très bien, mais on s'attend à d'autres éléments de réponse, d'autres twists surprenants, qui permettraient d'amplifier l'intrigue, mais cela n'arrive jamais vraiment. À part quelques informations peu surprenantes dans la globalité du film, Get Out se termine comme un film d'horreur des plus classiques. Il semble se reposer sur les acquis de la première partie pour tenir tout le reste du film, sauf que ça ne marche pas, étant donné qu'il n'a, en vérité, que très peu d'acquis (scénaristiques tout du moins) sur lesquels se reposer. Pourtant avec le postulat de base de ce film, il y avait moyen de nourrir le film du début à la fin, et non pas par à-coups.

Il faut tout de même souligner que certaines scènes sont plutôt chouettes. Certaines visuellement originales et d'autres avec un effet de malaise bien réel sur le spectateur, sans aide de musique stressante ou autre. Je pense notamment à toute la séquence lors de la fête de famille, qui installe vraiment une ambiance pesante et qui est réellement réussie. Ou même la scène d'ouverture du film, qui met directement dans l'ambiance voulue par le réalisateur.

Le message politico-social sur le racisme latent, caché mais bien réel, est présent tout au long du métrage. Le film peut, sous plusieurs aspects, renvoyer à la traite des noirs avant l'abolition de l'esclavage en Amérique. Avec notamment la scène où l'on voit pour la première fois l'immense maison de la famille Armitage. Entre les colonnes blanches devant l'entrée, le jardin et, au premier plan, le jardinier noir, de dos, tenant un râteau, on jurerait être à l'époque des grandes plantations du Sud des États-Unis.

La réalisation est de très bonne qualité, le rendu final du film est hyper-soigné, et sachant que c'est un premier film, pour le coup, Jordan Peele mérite des applaudissements.

Les beaux-parents idéaux

On avait déjà pu voir Daniel Kaluuya dans des films tels que Sicario ou Kick-Ass 2, mais c'est dans Get Out qu'il a pour la première fois le premier rôle au cinéma. Et dans le rôle de Chris il s'en sort plutôt pas mal. Il a souvent l'air de soupçonner tout le monde et d'être inquiet, mais c'est surtout le personnage qui veut ça, et du coup, il le fait pas trop mal. Allison Williams joue Rose, la copine de Chris. C'est son premier rôle au cinéma et elle est assez convaincante. Tout comme Bradley Whitford et Catherine Keener qui jouent les parents Armitage d'où émane un calme bien flippant. Le personnage qui m'a le plus dérangé est celui joué par Lil Rel Howery, Rod Williams, le meilleur ami de Chris. En gros c'est le farceur, c'est le quota humour du film. Il ne sert à rien d'autre qu'à ça, ce que j'ai trouvé un peu énervant : une bonne partie des traits d'humour tombe à l'eau, parce que ce n'est tout simplement pas très drôle et que ça sort le spectateur du film.

Au final, malgré la déception - sûrement aussi grande que mes attentes - ça reste un bon film, surtout pour un premier film par un réal qui était jusqu'alors habitué à la comédie. Certains passages valent le détour, et mine de rien il est pensé plutôt intelligemment malgré des retour à des pseudo-codes de l'horreur qui n'ont ici aucune utilité.

 

 

Get Out de Jordan Peele

Avec Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener, Bradley Whitford, etc