513278

Logan, où le dernier film sur Wolverine. En tout cas le dernier où le mutant griffu sera incarné par Hugh Jackman, puisqu'il a prévenu dès l'annonce du projet qu'il ne rejouerait plus ce personnage après ce film. La fin d'une ère presque, débuté en 2000 dans le tout premier X-Men, avec lequel l'Australien se fait connaître du grand public. Mais peut-on imaginer un autre acteur que lui dans le rôle de notre glouton préféré ? Pas sûr, mais bon, en attendant concentrons-nous sur ce que vaut Logan de James Mangold.

En 2029, tous les mutants ont quasiment disparus. Un Logan âgé, malade, fatigué et retraité des activités super-héroïques vit à la frontière mexicaine avec Caliban, un albinos. À deux, ils tentent tant bien que mal de s'occuper d'un Charles Xavier nonagénaire sénile qui est obligé de suivre un lourd traitement afin de ne pas faire de crises psychiques qui pourraient rapidement devenir très dangereuses pour les personnes aux alentours. Afin de payer les médicaments, et l'alcool qu'il boit à longueur de journée, Logan, enfin James Howlett, c'est le nom qu'il utilise (et c'est accessoirement son nom de naissance) est chauffeur de limousine. Mais tout va basculer quand il va devoir protéger (même si je ne suis pas sûr que « protéger » soit le terme qui convienne) Laura, une très jeune mutante qui a les mêmes pouvoirs que lui (des griffes en adamantium au facteur guérissant en passant par le mauvais caractère) et qui est poursuivie par la société plus que louche, Transigen.

Alors effectivement, dit comme ça, le scénario à l'air assez simple. Et il l'est, mais cela n'empêche pas le film de faire bien les choses. La réalisation est très léchée et réussit à nous communiquer une empathie pour Wolverine que nous n'avions jamais eu auparavant. En même temps c'est la première fois qu'un film X-Men sort autant des codes du film de super-héros et se concentre sur un personnage en nous exposant toutes ses faiblesses.

Un dernier round à tenir pour Logan

C'est James Mangold qui réalise, et le bougre avait déjà réalisé Wolverine : le combat de l'immortel (film sous-estimé à mon goût), et ça fait plaisir de voir qu'il ne se repose pas sur ses acquis, ou les choses qu'il avait pu faire sur ce précédent film, et change totalement de style pour Logan. En même temps ce réalisateur c'est un caméléon, il est aussi à l'aise avec le western pour 3h10 pour Yuma, le polar urbain pour Copland, le thriller slasher avec Identity, le biopic de Johnny Cash avec Walk The Line, le film de super-héros pur et dur avec Le combat de l'immortel, et celui un peu moins pur avec, ici, Logan.

La photo du film est super belle elle aussi, sans grand effets lumineux (inutiles), mais avec des plans travaillés et soignés. Ils sont à la fois pratiques pour montrer les intentions de la scène au spectateur, tout en gardant une esthétique propre au film. Le travail de John Mathieson (qui avait remporté l'oscar de la meilleure photographie pour Gladiator de Ridley Scott) contribue ainsi beaucoup à l'ambiance à la fois épurée et crue de Logan.

Le film est (très) librement inspiré de l'excellent comics Old Man Logan de Mark Millar et Steve McNiven. Et pour ceux qui disent qu'il n'est pas assez utilisé dans le film, c'est normal, car une grande partie des personnages apparaissant dans le comics, comme Œil-de-faucon, Crâne rouge ou le gang des Hulk, appartiennent, pour leur image cinématographique, à Marvel Studios (c'est à dire ceux qui font Avengers, Iron Man, et Cie) alors que X-Men, Wolverine et Deapool appartiennent à Twentieth Century Fox. Et puis heureusement que des larges écarts sont pris avec le comics, parce que l'apparition d'un T-rex Venom ça ne choque pas du tout dans le comics, mais est-ce que ça n'aurait pas été un peu trop dans un film ? Surtout qu'il échappe déjà aux grosses scènes clichés avec plein d'explosion et les bâtiments qui s'écroulent. Alors rajouter un T-rex, même s'il est possédé par le symbiote, ça aurait fait beaucoup de SFX d'un coup non ? Enfin, je parle du T-rex, mais j'aurai également pu parler des hommes-taupes ou même des squelettes géants, qui n'auraient fait que dénaturer le film et lui faire ressembler à ce qu'il n'est pas (à ce propos, le film évite le piège du nid à référence ou du fan service, ce qui est plutôt une bonne chose). Le film s'inspire surtout de l’œuvre de Millar et McNiven pour son fond, son monde en partie désertique, ou en tout cas, avec très peu de population habitant hors des villes (la maison de Logan au Mexique, avec le réservoir d'eau effondré ressemble vraiment aux décors que l'on peut trouver dans le comics). Et surtout pour la vision de Logan vieillissant, épuisé, qui ne veut plus se battre (même s'il ressort les griffes beaucoup plus tôt dans le film que dans le comics, l'idée est là).

Logan 2017

On pourrait reprocher au film ses méchants facilement oubliables et remplaçables, même si les performances de Boyd Holbrook en Donald Pierce et celle de Richard E. Grant en Zander Rice sont plus que correctes, il est difficile de faire une némésis à la hauteur du griffu canadien qui à déjà plusieurs à son actif, alors qu'un méchant doit, pour la plupart du temps, réussir à s'imposer en un film (le meilleur méchant de Wolverine restant Stryker incarné par Brian Cox dans X-men 2). Mais ces méchants dispensables ne m'ont personnellement pas dérangé car, pour moi, dans le film, le vrai combat de Wolverine, son vrai ennemi, c'est lui-même, ou plutôt ce qu'il est devenu. Ici, Logan souffre à chaque mouvement effectué. À chaque fois qu'il sort les griffes. Ses vrais adversaires ce sont le temps, l'âge, la maladie et l'alcool… Et ces adversaires là ne sont pas des plus faciles à vaincre.

Hugh Jackman est excellent pour sa dernière prestation en Wolverine. Il apporte une profondeur au personnage qui n'avait jamais été exploité auparavant. Et c'est vraiment chouette de voir qu'il s'investit autant pour sa dernière prestation dans ce rôle. Patrick Stewart est tout aussi émouvant en Charles Xavier, vieux, malade, qui a du mal à contrôler ses pouvoirs mais qui n'a rien perdu de sa sagesse et de son esprit bienveillant. Comme je disais plus haut, Boyd Holbrook et Richard E. Grant sont très corrects en méchants même s'ils ne font pas sensation. Je souligne quand même que Boyd Holbrook réussit à ne pas surjouer et donc à ne pas rendre son personnage trop caricatural, comme ça l'est si souvent avec ce genre de méchant. Et puis, évidemment Dafne Keen, révélation du film, qui trouve ici son premier rôle au cinéma en incarnant Laura, X-23, et s'intègre parfaitement dans le film, car, même si elle à peu de dialogues dans le film, elle à une présence non négligeable à l'écran.

En fin de compte on a affaire à un très bon film, un film de super-héros qui pourrait très bien ne pas en être un tellement c'est secondaire dans le traitement du personnage. Un film de super-héros qui semble avoir une identité propre (et ça c'est rare), alternant des scènes avec une hyper violence totalement assumée (le film est R-rated, c'est à dire interdit au moins de 17 ans non-accompagnés aux États-Unis et aux moins de 12 ans en France) et des scènes beaucoup plus calmes, où les relations entre les personnages peuvent évoluer. Logan ne cherche pas à faire dans le sensationnel mais plutôt dans l'émotionnel (bientôt au cinéma Wolverine : la comédie dramatique !), changeant évidemment les codes des précédents films Wolverine et des films X-men. On pourrait évidemment regretter que le dernier film du personnage ne soit pas plus grandiose, on pourrait dire qu'il aurait pu être mieux, c'est vrai. Tout peut toujours être mieux quand on y pense. Mais regardez un instant en arrière, regardez d'où le personnage revient (cinématographiquement parlant) et voyez où nous en sommes avec Logan.

 

 

Logan de James Mangold.

Avec Hugh Jackman, Patrick Stewart, Dafne Keen, Boyd Holbrook, etc...