Contrechamp(s)

19 octobre 2018

First Man

First man

Par deux fois déjà Damien Chazelle a marqué les esprits au cinéma. La première fois avec Whiplash outsider surprise reparti avec trois Oscars en 2015, et une seconde fois l'an dernier, avec La La Land qui est reparti avec plus que trois Oscars de la cérémonie. Les deux films sont par ailleurs des succès critiques et publiques et aussi des excellents films. Bref, à seulement 33 ans Damien Chazelle est déjà un réalisateur remarqué et talentueux. Qu'en est-il donc de First Man, son dernier film ?

First Man raconte l'histoire de Neil Armstrong, le premier type a avoir posé un pied sur ce bon vieux satellite qu'est la lune. Bref tout le monde connaît son histoire non ?

- Bah ouais c'est le premier mec à avoir été sur la lune non ?

- Oui et comment il en est arrivé là ?

- Bah en fusée ?

- Bravo Jean-Michel, tu as le droit a un bon point pour cette blague.

 

Bref, First Man ne se concentre pas sur la mission Apollo mais vraiment sur la vie d'Armstrong, sa carrière, sa famille et les choix qui l'ont amené à aller sur la lune. « Ouais mais c'est nul comme film, on sait déjà qu'il va y marcher sur la lune à la fin ! » Eh bien non, ce qui est intéressant ce n'est pas la fin de l'histoire, mais la manière dont on va raconter cette histoire et amener cette fin. Si, ne serait-ce qu'un seul moment du film, tu as peur pour Neil Armstrong juste avant de penser, « ah oui, il a pas encore marché sur la lune c'est bon », c'est que le film à réussi à bien raconter son histoire.

La petite mèche qui dépasse du bonnet de bain

Si on ne sait pas que le film est réalisé par Damien Chazelle on ne peut pas le deviner en le voyant, ça change tellement de ses deux précédents film que c'est fort surprenant (même si parfois certains plan peuvent rappeler que c'est lui qui tient la caméra, comme la petite scène de danse entre Armstrong et sa femme). La réalisation est au top, on est toujours très proche des personnages, on ne s'éloigne jamais vraiment de Neil Armstrong. C'est lui le centre du film et non pas la mission Apollo. C'est-à-dire qu'on s'intéresse surtout à ses motivations, ce qui l'a mené à aller sur la lune et aussi et surtout ce que ça impliquait à l'époque de se rendre sur la lune, pour lui et pour sa famille. Car souvent quand on parle de Neil Armstrong on se dit que ouais, c'est le premier type à avoir marché sur la lune, mais on ne pense jamais vraiment à tout ce qu'il y a eu derrière, les dangers que ça impliquait et les sacrifices qui ont du être fait pour atteindre cet objectif. Parce que, croyez moi ou non, ce n'est pas comme se rendre au supermarché acheter un paquet de papier toilette et une plaquette de chocolat.

Armstrong est montré comme séparé du reste de son monde, il se met à l'écart et à du mal à communiquer (comme dans la scène où il doit annoncer à ses enfants son départ sur la lune), et ça Ryan Gosling réussit à le jouer parfaitement. Le film en fait juste un petit peu trop sur le fait que la mort de sa fille affecte beaucoup Armstrong. On le comprends aisément et le film revient peu être un peu trop souvent sur ce point.

La caméra est mobile, quasiment tout le temps à l'épaule pour mieux ressentir les sensations d'un décollage par exemple. On à l'impression d'être dans la capsule avec les astronautes, on voit les détails, chaque boulon, chaque plaque, chaque cadran. C'est une véritable expérience sensorielle que nous propose le film en nous plaçant, nous spectateurs, littéralement au plus près de l'action.

"Attends, cette pièce là, elle va dans quel sens ?"

La photographie (par Linus Sandgreen, qui opérait déjà sur La La Land) est très réussie, elle est subtile, mais la gestion de la lumière sublime chaque plan quel qu'il soit. De plus, le fait que le film soit tourné sur pellicule apporte un petit grain éminemment sympathique et qui fait bien plaisir visuellement. Et la musique de Justin Hurwitz (qui avait déjà composé la musique pour les précédents films de Chazelle) est une franche réussite et apporte un vrai plus aux moments intimiste ainsi qu'aux moments plus épiques.

Les acteurs sont convaincants, le film à le mérite de ne pas être un Ryan Gosling movie, au service de son acteur. Jamais Gosling n'aura paru plus vieux, plus fatigué, plus lunaire (oui, c'est un jeu de mot). Ici c'est vraiment le personnage qui en mis avant et son jeu intériorisé sert le récit. Claire Foy trouve également le bon ton pour faire sa femme et n'est pas en reste. Jason Clarke, quant à lui, jouant Ed White montre qu'il peut être fort juste dans son jeu lorsqu'il n'essaie pas d'être charismatique. Tout les acteurs sont plutôt bons en fait, mais le film se focalise plus sur Ryan Gosling et Claire Foy ce qui fait que les personnages secondaires ne sont jamais vraiment mis en avant non plus. C'est un choix de sobriété qui fonctionne vraiment bien pour le coup et qui permet au spectateur de porter toute son attention sur le couple Armstrong.

Sur bien des points ce film m'a fait penser à L'Étoffe des Héros (1983) de Philip Kaufman. J'avais parfois même l'impression, en regardant First Man, de voir L'Étoffe des Héros 2 tant par la forme (la manière de filmer, de montrer son personnage) que par le fond (les deux se passent à la NASA durant les années 60), (L'Étoffe des Héros 2 n'existe pas pour de vrai hein). Il faut savoir que le film de Philip Kaufman fait partie de mes films favoris de tout les temps, c'est une fresque épique historique de plus de trois heures passionnante et superbement faite. First Man ne cache pas l'héritage de L'Étoffe des héros, lui rendant même plusieurs fois hommage au cours du film. La première séquence par exemple qui fait grandement penser à celle du film de 1983 où Chuck Yeager passe le mur du son. Où même si l'on regarde ces deux images : la ressemblance n'est, à mon humble avis, pas anodine !

Ça c'est dans First ManL'étoffe des héros

Étant donné que L'Étoffe des Héros se passe de 1947 à 1963 et First Man de 1961 à 1969, les deux en grande partie à la NASA, on y retrouve des personnages (réels) en commun. Et ça ajoute à cette idée de suite. Quand on entend les noms de Gus Grissom ou de Deke Slayton on ne peut s'empêcher de sourire et d'attendre pour découvrir la suite de leur histoire.

Pour l'anecdote il y a eu une polémique autour de First Man, une polémique stupide certes, mais qui montre bien la mentalité de certains américains. Après sa projection dans quelques festivals, comme celui de Venise par exemple, le film eu un plutôt bon retour critique. Jusqu’à ce qu'une personne fasse remarquer que le film ne montre pas la séquence où le drapeau américain est planté sur la lune. Et en a jugé que le film était donc anti-patriotique. S’ensuivit alors un vrai débat sur l'internet mondial, beaucoup d'américains, sans avoir vu le film puisqu'il n'était pas encore sorti, ont décidé que c'était inacceptable étant donné que marcher sur la lune est une réussite nationale et que du coup ils boycotteront ce film de merde qui ne montre même pas un moment clé de l'histoire américaine. Les enfants de Neil Armstrong (décédé il y quelques années) ont tentés de calmer le jeu, Buzz Aldrin (encore vivant pour le coup) à lui publié une photo sur les réseaux sociaux le montrant en train de planter ce fameux drapeau. Et Damien Chazelle à du intervenir expliquant qu'il avait choisi de montrer d'autres scènes que celles-ci, que le film était avant tout sur Neil Armstrong et qu'il y avait déjà bien assez de drapeaux américain dans le film. Bref toute une histoire pour pas grand chose finalement, si ce n'est montrer à nouveau la stupidité de certains.

Pour conclure, First Man est un excellent film, Chazelle réussit encore une fois, et là où on l'attendait pas : un biopic historique intimiste. Tout est de qualité dans ce film qui nous fait revivre une moment clé de l'histoire de l'Homme mais avant tout de l'histoire d'un homme. Donc regardez First Man, si vous pouvez voir L'Étoffe des Héros avant faite-le, et puis pour compléter finissez par Apollo 13 de Ron Howard pour une bonne trilogie de la conquête spatiale.

 

First Man de Damien Chazelle

Avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke, Corey Stoll, Pablo Schreiber, Kyle Chandler, etc...

 

 

 


12 septembre 2018

Les films de l'été 2018

les films de l'été 2018

Après deux mois d'absence voici, rien que pour vous, sympathiques lecteurs de Contrechamp(s), onze petites critiques de films que j'ai vu cet été ! Bonne lecture !

 

 

Dogman de Matteo Garrone :

Marcello est un toiletteur pour chien dans un quartier pauvre. Apprécié par les autres commerçants, il va pourtant se laisser entraîner par Simoncino ( son « ami », violent, consommateur de cocaïne et pas très sympa) dans une spirale criminelle. Librement inspiré d'un fait divers s'étant déroulé dans les années 80 en Italie, le film emmène le spectateur dans une atmosphère sombre, glauque et fort peu joyeuse où il verra le sincère Marcello perdre son innocence face au monde brutal qui l'entoure. C'est quasiment hypnotisés que l'on suit Marcello dans cette descente aux enfers subliment mise en scène. Il faut aussi souligné la qualité de jeu de Marcello Fonte, récompensé pour sa prestation du prix d'interprétation masculine à Cannes. On ressort épuisé de ce film ! Pour tout vous dire j'avais prévu d'enchaîner au cinéma avec Paranoïa, mais après avoir vu Dogman, j'ai préféré remettre ma séance à plus tard !

 

 

Sicario : la guerre des cartels de Stefano Sollima :

Le premier Sicario, réalisé en 2015 par Denis Villeneuve, était un excellent film qui n'avait pas besoin d'une suite. Curieux, j'ai tout de même été voir ce que la suite en question pouvait donner et j'ai été agréablement surpris ! Certes, le film n'atteint pas la qualité du premier, il n'a pas sa mise en scène au cordeau ou son efficacité hors paire, pourtant, il réussit à être pertinent en tant que suite, à développer de manière intéressante les personnages de Josh Brolin et de Benicio del Toro (après ça reste Taylor Sheridan au scénario). Bref, une suite loin d'être indispensable mais qui reste de très bonne facture et est soutenue par la performance sans faute de Benicio del Toro.

 

 

Ant-man et la guêpe de Peyton Reed :

Après un premier opus qui faisait office de sympathique film familial, Ant-man revient dans un film fort moyen. En effet, même si Paul Rudd et Michael Peña font sourire de par leur bonhommie et leurs bouilles sympathiques, même si Evangeline Lilly est plutôt chouette en Guêpe et même si Walton Goggins à le plus beau front du monde, on ne peut s'empêcher de remarquer que Michelle Pfeiffer, Michael Douglas et Laurence Fishburne ont l'air de vraiment s'emmerder. En même temps comment leur en vouloir au vu du scénario qui ne propose pas de vrai méchant et qui fait preuve de fainéantise à répéter deux fois la même structure ! (si si je vous assure, regardez bien). Je me doute que ce n'est pas forcément facile d'être le film qui passe juste après Avengers : Infinity war, mais bon, il y avait sûrement moyen de faire mieux.

 

 

The Guilty de Gustav Möller :

Un défi original que celui-ci : tenir en haleine les spectateurs pendant plus d'une heure vingt en ne voyant qu'un personnage répondre au téléphone dans un central d'appel de la police danoise. Un huis-clos comme on en voit rarement (déjà que l'on ne voit pas souvent des huis-clos) et qui prend le spectateur aux tripes ! On est forcé de se concentrer sur le son, sur les détails que l'on peut entendre a travers le combiné pour entendre quelque chose qui fera avancer l'enquête. On se retrouve exactement dans la même position que Asger Holm, le policier que l'on suit durant le film, avec ni moins, ni plus d'informations. Défi réussi !

 

 

Paranoïa de Steven Soderbergh :

Steven Soderbergh est un réalisateur qui aime les nouvelles expériences, il aime tenter, essayer des nouvelles choses au cinéma. Pour Paranoïa il a décidé de filmer le film entièrement avec un Iphone. Mais ce qui est vraiment chouette c'est que cette économie de moyen de prise de vue se retrouve également dans la réalisation, la mise en scène et le montage. Il n'y a pas de mouvements grandiloquents de caméra ni d'effets stylisés de montage. Et il n'y a qu'un seul décor principal. Et ça rend vraiment bien, tout en montrant, qu'avec une bonne histoire, tout le monde peut faire un film de bonne qualité, le tout avec un minimum de matos. Le film raconte l'histoire d'une jeune femme, qui pense être poursuivie par un harceleur et qui est placée, contre son gré, dans un institut psychiatrique. Et même si c'est loin d'être le meilleur film de Soderbergh on ne pourra qu'apprécier son efficacité et la simplicité de sa mise en scène. Claire Foy joue très bien et Joshua Leonard est vraiment flippant en harceleur barbu à lunette ! On appréciera également un sympathique caméo d'un des acteurs fétiche du réalisateur.

 

 

Mission Impossible : Fallout de Christopher McQuarrie :

C'est la première fois qu'un réalisateur réalise deux épisodes de la franchise Mission Impossible et Christopher McQuarrie relève le défi avec succès ! En effet, ce sixième épisode est directement dans la continuité du cinquième (que je vous conseille d'ailleurs de revoir avant d'aller voir Fallout, histoire de bien suivre). Un bon film d'action, comme on en voit trop peu et avec des cascades vraiment impressionnantes qui vont toujours plus loin. On notera quelques longueurs vers la fin et des petites incohérences de scénarios mais le film est bien mis en scène et McQuarrie explore intelligemment des pistes inattendues dans un Mission Impossible, comme la relation entre Ethan Hunt et sa femme. Bref, voir Tom Cruise faire des cabrioles est toujours plaisant et voir la moustache d'Henry Cavill en face l'est aussi (moustache destructrice de Justice League rappelons-le). Et pour la petite anecdote, cette moustache a été inspiré à Cavill par Elias Orr, un méchant de Superman qu'il a découvert en lisant les comics pour son rôle chez DC. Il a proposé la moustache au réalisateur qui a accepté. Et on connaît la suite... cette moustache a eu raison de Superman.

 

 

Une pluie sans fin de Dong Yue :

L'action se passe en Chine, en 1997, alors que la police piétine sur une étrange série de meurtres de jeunes femmes, Yu Guowei, chef de la sécurité d'une vieille usine, décide de s'y intéresser. Cela va rapidement l'obséder. Si les premières minutes sont intéressantes, les deux heures qui suivent paraissent vraiment longues. Rien n'avance avant les vingt dernières minutes. On se sent suspendu dans une atmosphère étrange. Yu Guowei est suivi de trop loin pour qu'on le comprenne et le supporte mais de trop près pour qu'on puisse s'intéresser à autre chose. C'est dommage le film n'est qu'une ambiance de pluie sans rien en dessous. Dans le même esprit mais en beaucoup plus réussi je vous conseil le thriller coréen Memories of murder de Bong Joon-ho.

 

 

Détective Dee : La légende des rois célestes de Tsui Hark :

Je n'avais pas vu les deux opus précédents de cette saga fantastique chinoise mais ce n'est pas bien grave. Si vous aimez le grand n'importe quoi, les effets spéciaux too much et les galipettes de cascadeurs dans les airs, ce film est fait pour vous. L'empereur Gaozong, très content des services de Détective Dee, lui offre l'épée Dragon Docile. Mais un groupe de magiciens engagés par la femme même de l'empereur va tenter de lui voler. Le film est une explosion visuelle qui va toujours plus loin dans la démesure et dans l'abolition des lois de la gravité et c'est vraiment chouette a voir au cinéma !

 

 

Under the silver lake de David Robert Mitchell :

Lorsque sa voisine (dont il était tombé sous le charme) disparaît sans laisser de traces, Sam décide de se lancer a sa recherche, plongeant dans les étranges mystères et profondeurs de Los Angeles ! Le film à un rythme changeant, beaucoup (beaucoup) de références à Hitchcock et peut aussi faire penser parfois à Mulholland Drive de David Lynch (en beaucoup moins Lynchien évidemment), il y a aussi beaucoup de références à la pop-culture. Under the silver lake fait appel à toute une série de sous-intrigues mystérieuses qui ne seront jamais résolues ce qui peut paraître perturbant et dérangeant lorsqu'on aime que tout soit bien clair et carré dans un film. L'impression qui s'impose est que le réalisateur a eu plein d'idées et à voulu en mettre le maximum, même si on peut se demander ce que certaines viennent faire là. Bref, le film est une petite curiosité intéressante dans son ensemble. (La scène du compositeur est vraiment folle et vaut le coup d’œil !)

 

 

Mary Shelley de Haifaa al-Mansour :

Le film revient sur l'histoire de Mary Shelley, qui a écrit le roman Frankenstein. Ça va être court : Elle Fanning fait le job sans faire d'éclats, le film est ni spécialement bon ou mauvais. On a juste l'impression de voir un téléfilm (avec un peu plus de budget) sur grand écran. Bon ça a au moins le mérite d'être intéressant quand on ne connaît pas l'histoire de Mary Shelley.

 

 

Blackkklansman : j'ai infiltré le Ku Klux Klan de Spike Lee :

Inspiré de la vie de Ron Stallworth, Blackkklansman raconte la folle histoire d'un flic noir qui a infiltré le Ku Klux Klan à Colorado Springs en 1978. Le film, qui à reçu le Grand Prix au festival de Cannes est vraiment chouette, il reste léger dans l'ensemble grâce a la fougue et à l'humour de son personnage principal (joué par John David Washington, le fils de Denzel !) mais sait faire comprendre les enjeux de la chose et ne pas chercher à tout tourner en dérision, notamment lorsque il met en lien son histoire avec les événements contemporain de Charlottesville et la politique de Trump. La mise en scène est de qualité, les acteurs sont très sympas et le tout est souligné par la très bonne musique de ce bon vieux Terrence Blanchard, dont on peut même entendre le thème de Inside man (du même Spike Lee). Un film intelligent, intéressant et qui se permet d'être drôle, et ça c'est cool !

 

 

 

13 juillet 2018

Les Indestructibles 2

Les Indestructibles 2

Le film commence exactement là où le premier nous avait laissé : face au terrible Démolisseur qui sort des entrailles de la Terre pour déclarer la guerre à la paix et au bonheur. Trop de dégâts sont fait durant le combat avec le Démolisseur, et le gouvernement interdit les supers-héros. La famille Parr se retrouve contrainte de mener une vie de famille normale jusqu'au jour ou Winston Deavor, magnat de la télécommunication, philanthrope et immense fan de supers-héros, leur annonce qu'il a un plan pour remettre les supers-héros sur le devant de la scène et gagner l'opinion public. C'est Elastigirl qui commence par se mettre au boulot, tandis que Mr Indestructible s'occupe des enfants à la maison. (le côté « la femme fait le job tandis que l'homme reste a la maison a s'occuper des gosses pour s'inscrire dans une mouvance féministe » c'est amené plus finement que ce que mon résumé laisse paraître hein).

Cela fait pas moins de quatorze ans que l'on attendait ce film. Quatorze ans a se demander si on reverrait un jour la super famille Parr sur les écrans. Et ces quatorze ans d'attente, ils n'ont pas fait que du bien. En effet, après quatorze ans, les attentes des spectateurs sont au plus haut, ils ont passés en revu tout les scénarios possible et imaginable et veulent encore être surpris. Il y a tout de même de fortes chances qu'ils soient déçus, peu importe la qualité du film. Et c'est le souci majeur des Indestructibles 2, car si le film est d'excellente facture, qu'il dépote visuellement et qu'il surprendra tout les spectateurs les plus jeunes n'ayant jamais vu le premier film de 2004, il reste tout de même beaucoup trop ressemblant au premier opus au niveau du scénario et de la trame de l'histoire. Et c'est fort dommage, parce qu'on voit le retournement de situation final arriver a des kilomètres.

Flèche a une bonne tronche sur cette image

Après le film reste bon, super sympa et se place dans une lignée de très bonnes suites pour Pixar (Toy Story 2 et 3, même Le Monde de Dory était plutôt chouette). Et faire une bonne suite au meilleur Pixar de tout les temps, c'est déjà bien. On replonge avec un grand plaisir dans l'univers coloré et rétro-futuriste des Indestructibles, bien que le film ne soit pas aussi inventif dans ses décors que le premier (qui avait des décors dignes de ce que faisait Ken Adam, le chef décorateur des premiers James Bond). Cette suite est plus sombre, plus urbaine, moins d'île à la végétation luxuriante pour plus d'appartement miteux. Un peu plus adulte dans sa vision d'ensemble. Par contre le film en fait un peu trop avec Jack-Jack, le fait qu'il ai plein de pouvoirs et qu'ils viennent aléatoirement est assez drôle, mais après un moment ça fait trop (surtout que j'ai l'impression qu'il y a un pouvoir en particulier qui a été mis pour déboucher scénaristiquement une scène, enfin vous verrez).

Les Indestructibles 2 (2)

Visuellement, l'animation de Pixar est superbe, ils ont réussi a très bien garder le style visuel du premier tout en augmentant la qualité visuelle et l'animation. C'est vraiment très beau, très fluide, et certaines idées de mise en scène de Brad Bird sont vachement chouette. On notera également un superbe travail sur la photographie du film. J'ai trouvé la lumière super belle et très très bien utilisée. Le doublage est parfait, comme d'habitude (j'ai vu le film en VO) même si on entend que Craig T. Nelson (Robert Parr / Mr Indestructible) a pris un sacré coup de vieux entre les deux films (il avait 60 ans lors de la sortie du premier film, donc 74 aujourd'hui). Et pour la petite anecdote, le doubleur de Edna Mode n'est autre que le réalisateur lui-même : Brad Bird. Mais la plus grande force du film c'est sans aucun doute sa musique, Michael Giacchino sort le grand jeu et s'éclate comme un petit fou, il pousse le délire musicale plus loin même que dans le premier opus et fait exploser les fameux cuivres, ça éclate, ça pète de partout, ça tourbillonne et ça s'écoute sans faim. C'est la musique qui nous accueille dans le film, c'est elle qui nous accompagne durant, et c'est avec cette musique que ce termine le film. La musique, c'est la carte d'identité du film et Giacchino nous montre qu'il est décidément l'un des compositeurs actuel les plus doués.

Bref, un film d'animation qui fait du bien même si son scénario est loin d'être original (et que certains design de personnages sont assez étrange), on est happé par cet univers visuellement et musicalement très riche et on aime s'attarder au côté de cette famille de supers-héros si humaine. Juste fait attention si vous êtes épileptiques car certaines scènes sont un peu stroboscopiques sur les bords !

 

Les Indestructibles 2 de Brad Bird

Avec les voix de Craig T. Nelson, Holly Hunter, Samuel L. Jackson, etc...

 

 

 

07 juillet 2018

Au poste !

Au poste

Quentin Dupieux est une sorte d'OVNI dans le paysage du cinéma français. En grande partie parce qu'il est resté sept ans a Los Angeles pour produire et réaliser quatre films : Rubber, Wrong, Wrong Cops et Réalité. Chacun de ses films relève d'un amour inconditionnel pour l'absurde et le non-sens, et malgré une énorme fanbase qui le vénère, il reste assez peu connu du grand public. Après c'est pas le genre de films qu'il faut aller voir si on veut absolument un début, un milieu et une fin et si on veut tout comprendre du premier coup !

Au poste ! est le premier film qu'il réalise après son retour en France. Un film qui se déroule au poste de police (d'où le titre). Le postulat de l'histoire est simple : Le commissaire Buron interroge Fugain, principal suspect dans une affaire de meurtre puisqu'il est celui qui a trouvé le corps gisant dans une mare de sang. L'interrogatoire va se poursuivre durant toute la nuit ! Tin din diiin !

Le film est très très drôle, ça faisait un bout de temps que je n'avais pas ri comme ça au cinéma et ça fait du bien (surtout devant une comédie française). Encore une fois, l'humour est principalement absurde et intervient sous la forme de gags et de non-sens visuel mais surtout de par les dialogues. Car le film est bavard, et l'écriture est assez géniale. C'est pour ça. (Le film est réalisé mais aussi écrit par Quentin Dupieux).

"C'est une belle moustache que vous avez là Fugain !"

La réalisation est assez simple, mais très fluide, et l'image est très bien travaillée, tout comme la mise en scène et la lumière. Bien que la plupart des plans soient fixes, c'est très agréable a regarder. Le film se déroule dans un patchwork de différentes époque assez rigolo, cela rend l'identification temporelle impossible et place le film comme se déroulant « Another time, another place » comme dirait Les Rues de feu ! En gros, cela positionne le film en tant que film, pure fiction et l'éloigne de la réalité ou de tout rapprochement pouvant être fait avec la réalité. Comme dit Quentin Dupieux : C'est un film, je peux y faire ce que je veux sans que ça ai forcément un sens. Car c'est un film. ( Je n'ai pas mis de guillemets car je ne me souviens plus de la phrase exacte, mais le sens y est).

Ce qui fait une grande partie de la qualité de ce film c'est évidemment ses acteurs. Tous semblent a fond dans leur rôles respectifs et fonctionnent vachement bien ensemble. Benoît Poelvoorde est hilarant de sérieux avec son col roulé et son holster qui rappellent Jean-Paul Belmondo dans Peur sur la ville de Henri Verneuil (si vous ne faites pas le rapprochement, comparez les affiches des deux films, ça deviendra évident). (D'ailleurs on peut aussi faire le rapprochement avec une autre film de Belmondo : le génial Le Magnifique, lorsque que ce qui est tapé sur la machine à écrire est mis en scène en même temps. Regardez Le Magnifique, c'est juste super). Grégoire Ludig est aussi très bon dans le rôle de Fugain, le suspect, en plus il a une moustache sublime, et les moustaches c'est bien. Marc Fraize, lui, joue un flic, borgne, un peu benêt, qui voit toujours les choses qui pourraient mal tourner. Son personnage est une très bonne source de rire. C'est pour ça. Anaïs Demoustier, Philippe Dusquesne, Jacky Lambert et le reste de la distribution sont tous également parfait. Tous jouent leurs personnages avec le plus grand sérieux. C'est le décalage entre ce sérieux et l'absurdité des dialogues qui touche la plupart du temps et fait rire (beaucoup).

"Euh oui, mais vous auriez pas un p'tit truc à manger ?"

Avec son casting éclectique, entre Poelvoorde qui vient du cinéma, Grégoire Ludig qui vient plutôt d'Internet avec le Palmashow, Marc Fraize qui vient du monde du stand-up et Orelsan de celui de la musique (même si tous avaient déjà fait un peu de cinéma), on peut espérer qu'Au poste ! touche un public assez large et soit un succès, car il le mérite. Il est beaucoup plus accessible que d'autres films de Quentin Dupieux comme Réalité qui perd le spectateur dans des strates scénaristiques improbable. Ici, toujours l'humour et l'absurde propre au réalisateur mais qui perd moins le spectateur (un peu, mais moins).

Bref, avec des acteurs talentueux, des dialogues hilarants, un fin inattendue, un caméo invisible, une huître et une durée de 1h13, Au poste ! s'impose comme l'une des comédie les plus drôle et les plus intéressante de cette année ! C'est pour ça !

 

 

Au poste ! de Quentin Dupieux

Avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Marc Fraize, Anaïs Demoustier, Orelsan, etc...